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Appui en semences de mil précoce de Tabi de villages du cercle de Douenza au Mali

vendredi 10 décembre 2021, par Anne-Marie Potiron

Dans le cadre de la 38 ème édition du mois des 3 mondes programmée par la Maison du Monde d’Evry-Courcouronnes sur le thème de "la santé dans tous ses états", Gérard Gentilhomme, président de l’association cencenkisè qui intervient au Mali dans la région de Mopti, de Douentza et du pays dogon ; Hamadoun Ongoïba, Président de AHSEBD, Association Humanitaire de Soutien, Entraide et Bénévolat de Douentza, un projet triennal conduit de 2019 à 2021, d’appui en semences de mil précoce de Tabi de villages du Cercle de Douentza.

Création de cencenkisè et historique de la relation

L’association Cencenkisè, grain de sable en bambara, qui fête ses 10 ans cette année, est née de rencontres lors d’un voyage au Mali en 2005 dans le pays dogon : rencontre notamment à Douentza avec Hamadoun Ongoïba avec lequel les liens se sont tissés et étoffés au fur et à mesure des années par un soutien régulier de populations locales du Cercle de Douentza au travers d’actions : achats et distribution de semences lors de mauvaises récoltes, microcrédits alloués à 90 femmes, creusement d’un puits équipé d’un château d’eau et de panneaux solaires avec pompe, avec distribution d’eau par canalisations enterrées, …

Localisation du Cercle de Douentza

Le Cercle de Douentza appartient à la Région administrative de Douentza. Il est situé au pays Dogon, au Nord-Ouest de la falaise de Bandiagara. Essentiellement peuplé de Peulhs, de Dogons et de Sonrhaïs, avec une population de 247 794 habitants (en 2019), il compte 15 communes.

Projet triennal 2019-2021

En 2018, le Conseil Départemental de l’Essonne invite cencenkisè, dont il soutient des opérations depuis plusieurs années, à rejoindre le Réseau d’une quarantaine d’associations essonniennes qui interviennent au Mali, le RésEM, Réseau Essonne-Mali, très structuré avec des coordonnateurs et des représentants en Essonne et au Mali.
Dans le cadre d’un nouveau projet triennal 2019-2021, les associations proposent des actions auxquelles le Conseil Départemental, appuyé par plusieurs bailleurs de fonds, associations ou organismes dont le Ministère des Affaires Etrangères qui apportent un concours financier.
Pour cencenkisè, sur proposition de Hamadoun Ongoïba et de l’association AHSEBD qui par leur connaissance du pays peuvent orienter les actions prioritaires à développer, en tenant compte du changement climatique, le projet retenu est celui d’achat et de distribution de semences de mil précoce de Tabi à certains villages du Cercle de Douenza.
Cencenkisè a travaillé sur la validité du projet avec le Conseil Départemental de l’Essonne, recherché le financement et assuré les suivis techniques et financiers pendant tout le déroulement du projet.

Pourquoi le mil de Tabi ?

Aujourd’hui dans la zone de Douentza, l’hivernage démarre tardivement, prend fin précocement et ne dépasse pas 2 mois pluvieux.
La majeure partie des producteurs a un faible revenu et ne dispose pas de moyens pour accéder aux semences précoces qui sont adaptées aux conditions actuelles.
Le mil précoce de Tabi est une semence élaborée dans le village de Tabi (situé à une centaine de kilomètres de Douentza) qui a la particularité de pousser en 2 mois au lieu de 3. Il produit plus de graines, plus de farine, présente une pâte compacte à la cuisson, avec un taux élevé en fer. Cette nouvelle semence améliore le rendement des cultures et permet une meilleure nutrition.
Les objectifs du projet triennal ont été de :
• favoriser l’accès des producteurs à la semence de mil de Tabi,
• améliorer la sécurité alimentaire et économique des personnes vulnérables au sein des villages.
Une attention particulière a été portée aux jeunes et aux femmes.

Budget et financement

Une convention a été signée pour les 3 années 2019-2021 avec le Conseil Départemental de l’Essonne pour un projet triennal d’un montant de 23516 euros qui prévoit l’achat de 13 tonnes de céréales, soit 4,33 t par an.
Ce soutien financier du Département de l’Essonne, un partenariat avec l’association monégasque SEB (Soutien Entraide Bénévolat), la contribution de cencenkisè, accompagnent l’action sur place de l’équipe AHSEBD..
Les villageois, quant à eux, assurent la manutention : préparation du lieu de stockage, déchargement, stockage de la semence dans les villages.

Déroulement- type de l’opération annuelle :

L’association AHSEBD, association de bénévoles, organise et assure toutes les étapes du projet auprès des élus, les chefs de village et les villageois.
Ainsi, AHSEBD informe le Président du Cercle de Douentza, choisit chaque année 4 villages bénéficiaires selon les critères de choix suivants : l’adhésion des populations et des autorités communales, la vulnérabilité des cultivateurs, l’accessibilité des villages en toutes saisons, la sécurité qui y règne malgré les problèmes d’insécurité au centre du pays.
Des Conventions de partenariat sont signées avec les maires des villages retenus (population totale des 12 villages de 14 395 habitants).
AHSEBD a négocié le prix d’achat de la semence avec la coopérative de mil de TABI pour 3 ans (sage précaution puisque les prix ont monté d’une année sur l’autre).
Chaque opération se déroule du mois de mai ou juin, date des commandes à la coopérative, à fin octobre, moment de la récolte.
Chaque village reçoit 1, 08 t de semences. Il faut 10kg de semis par hectare et 108 ha sont ensemencés dans chaque village (soit 1296 ha au total sur les 3 ans).
La semence est livrée et stockée à Douentza en juin ou début juillet. AHSEBD choisit les personnes bénéficiaires de chaque village avec les chefs de village en tenant compte de leur situation et vulnérabilité, sensibilise les villageois.
Dans chaque village, un technicien d’agriculture assume la formation aux itinéraires techniques de la culture de mil :
Le nettoyage des champs,
L’épandage et la fumure organique,
Le labour,
Les semis,
Le sarclage
Le démariage
La récolte,
Le stockage
Le choix des semences pour l’année suivante.
La formation se déroule en deux phases : une première phase théorique organisée dans les villages, une deuxième phase pratique qui se déroule dans chaque village dans un champ choisi par les villageois.

La semence est acheminée et livrée dans chaque village. Déchargée et stockée par les villageois, elle est remise officiellement par AHSEBD et distribuée à chacune ou à chacun.
AHSEBD et le technicien d’agriculture exercent un suivi des opérations en se rendant 1 ou 2 fois sur place au cours de la saison.

Les récoltes ont été variables d’une année sur l’autre.
En 2019, dans les 4 villages des Bota, Mougui, Pétaka, Alamina, la récolte a été bonne, malgré un arrêt précoce des pluies, les oiseaux ravageurs et les problèmes d’insécurité. Elle a été de près de 490 tonnes, supérieure de 50% à la récolte des agriculteurs de la région, avec un rendement à l’ha qui varie de 1000 à 1200 kg (contre 500 à 600 kg).
En 2020, dans les villages de Pétaka, Féro (Siba), Kara et Bota-Hindé, 238 femmes et 194 hommes, ont bénéficié d’une très bonne pluviométrie, et malgré une perte estimée à 46 tonnes de mil sur 30 ha qui ont été inondés, la récolte très bonne a été de 663 tonnes de mil pour les 432 ha ensemencés soit une moyenne de 1530 kg par ha (dans la région, le rendement à l’ha variait de 700 à 1000 kg).
En 2021, les 4 villages bénéficiant de la semence, Walo, Fera (Siba), Kara et Bota-Hinde, 242 femmes et 190 hommes, ont procédé aux semis fin juillet/début août, bénéficiant d’une bonne répartition des pluies, les semences ont bien poussé. Ce bon début de la campagne agricole ne durera pas longtemps avec le manque de pluie. Les cultivateurs verront leurs efforts réduits à néant sans pouvoir y remédier, les quelques épis récoltés dans quelques champs n’ont pas atteint leur maturité et 80% de ces épis sont vides.
La campagne est considérée comme catastrophique. Les personnes seront victimes de l’insécurité alimentaire ; celles qui seront les plus vulnérables seront les femmes et les enfants qui resteront au village ; les hommes sont les candidats potentiels à l’exode rural ou à l’émigration, ce qui entraînera une perte de bras valides pour les familles.

Sur le plan social, ce plan triennal de semence de mil précoce de Tabi a permis toutefois aux agriculteurs vulnérables de mieux préparer leurs champs par un plan de formation adapté qui a permis sur les années 2019-2020 une augmentation importante des récoltes et une amélioration de leur statut social et économique qui va leur permettre de mieux appréhender l’année 2022.
108 cultivateurs de chaque village ont bénéficié de la semence, soit 1296 cultivateurs dont 689 femmes.
Sachant qu’on estime qu’1 cultivateur ou cultivatrice fait vivre environ 10 personnes, 12960 personnes ont ainsi bénéficié de la culture de mil précoce de Tabi.

A l’issue de l’exposé, nombreuses questions ont été posées à Hama qui a décrit une situation confuse sur le terrain avec insécurité, meurtres, et attaques de djihadistes ou bandits.
 Il a relaté notamment certaines difficultés rencontrées : l’agence bancaire fermée pour éviter les braquages oblige à mettre l’argent de l’opération et de l’association dans le coffre-fort d’un commerçant (on ne peut pas circuler avec de l’argent), l’enlèvement d’un camion de livraison de semence et séquestré pendant 10 jours a pu être récupéré contre le paiement d’une rançon
(généralement dans ce cas, le véhicule et son contenu sont brûlés par les malfaiteurs). Un autre transporteur, plus averti et disposant probablement de réseaux, a donc été choisi pour faire la livraison, avec un prix d’acheminement plus élevé..

Cette soirée s’est poursuivie autour du verre dînatoire de l’amitié.

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